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La mercuriale : suivre les prix fournisseurs sans y passer ses soirées

Une mercuriale de restaurant, c'est la liste de ce que chaque fournisseur vous facture, produit par produit, avec la date. Reliée à vos recettes, elle transforme chaque hausse en euros par assiette. Voici comment la tenir sans y passer vos soirées, et ce que change, chiffres à l'appui, une hausse de 8 % du beurre sur une carte entière.

· 11 min de lecture · par l’équipe Kosteo

Caisses de salades, carottes, radis et herbes fraîches, plateau d'œufs bruns et plaquettes de beurre emballées de papier uni, posés sur une table inox dans une cuisine professionnelle.

Tous les restaurateurs ont une mercuriale, même ceux qui ne l'appellent pas ainsi : c'est le carnet, le classeur de factures ou le tableur où l'on retrouve ce que chaque fournisseur facture pour chaque produit. La différence entre une mercuriale de restaurant vivante et un tas de bons de livraison, c'est qu'on peut la lire en deux minutes et qu'elle change vos décisions : quel fournisseur appeler, quel plat ajuster, quel prix de vente relever. Cet article explique comment la tenir sans y passer vos soirées, et chiffre ce que fait une hausse de 8 % du beurre sur une carte entière.

Qu'est-ce qu'une mercuriale, au restaurant ?

Au sens ancien, une mercuriale est la liste des prix pratiqués pour les denrées sur un marché. Dans le vocabulaire des marchés publics, c'est le relevé du cours des produits sur un marché de référence. En cuisine professionnelle, le mot a glissé vers un sens plus personnel : la liste de vos achats, avec le prix payé à chaque fournisseur, à une date donnée.

Concrètement, une ligne de mercuriale répond à cinq questions : quel produit, chez quel fournisseur, en quelle unité, à quel prix, relevé quand. Tout le reste (qualité, délai de livraison, franco de port) est du confort qui vient après.

Il faut la distinguer de deux choses voisines :

  • Le tarif du fournisseur est son offre. Votre mercuriale, c'est ce que vous payez réellement, remises et frais compris. Les deux divergent plus souvent qu'on ne le croit.
  • Les cotations publiques donnent une tendance de marché. En France, le Réseau des nouvelles des marchés (RNM) de FranceAgriMer publie gratuitement des cotations quotidiennes sur les produits frais. C'est un repère utile pour savoir si une hausse est générale ou propre à votre fournisseur, pas un substitut à vos propres prix.

Pourquoi suivre les prix fournisseurs change vraiment vos marges ?

Parce que le food cost (le coût matière rapporté au prix de vente hors taxes, voir notre méthode plat par plat) n'est pas une constante. Il dépend de prix d'achat qui bougent toute l'année, alors que votre carte, elle, est imprimée pour des mois.

Le piège est connu des restaurateurs : une hausse de 4 % ici, de 6 % là, de 8 % ailleurs ne déclenche aucune alarme prise isolément. Personne ne réimprime une carte pour 6 centimes. Mais ces hausses s'additionnent, et vous les découvrez à la clôture du trimestre, quand elles sont déjà dans les comptes. Une mercuriale tenue à jour ne supprime pas la hausse. Elle vous la montre le jour où elle arrive, ce qui vous laisse le choix : renégocier, changer de fournisseur, modifier la recette ou ajuster le prix.

Autre intérêt, moins évident : comparer ce qui est comparable. Un fournisseur à 9,80 € le kilo départ entrepôt n'est pas moins cher qu'un autre à 10,40 € livré à votre porte, une fois le transport, les droits et la manutention ajoutés. Si vous êtes en outre-mer, ce prix « rendu » inclut aussi l'octroi de mer (ce qu'il coûte vraiment à un restaurant), et l'écart peut s'inverser.

Comment tenir sa mercuriale sans y passer ses soirées ?

La règle qui fait tenir le système dans la durée est simple : ne saisir qu'une fois, au moment où l'information arrive. Une mercuriale qui demande une soirée par semaine sera abandonnée en trois semaines. Voici ce qui marche.

1. Partir des factures, pas de la mémoire. Le prix qui compte est celui de la facture ou du bon de livraison. Photographiez-le ou exportez-le à la réception, ne le notez pas « plus tard ».

2. Garder le prix du colis et son contenu. Le fournisseur vous facture un carton de 10 kg ou une caisse de 12 pièces, pas un prix au kilo. Si vous saisissez le prix du colis et ce qu'il contient, le prix unitaire s'en déduit sans erreur de division. Dans Kosteo, c'est exactement le principe : vous saisissez le prix du colis et son contenu, et le prix unitaire est recalculé.

3. Dater chaque prix. Un prix sans date est un prix dont on ne sait pas s'il vaut encore quelque chose. Au-delà d'environ trois mois sans relevé, considérez-le comme périmé. Kosteo signale d'ailleurs les relevés de plus de 90 jours.

4. Conserver l'historique. Le prix actuel dit où vous en êtes. L'historique dit dans quel sens vous allez et à quelle vitesse. Kosteo garde chaque relevé (date, auteur, source) : changer un prix en ajoute un, plutôt que d'écraser l'ancien.

5. Choisir un fournisseur retenu par produit. Une ligne par couple produit-fournisseur permet de comparer. Mais vos recettes doivent s'appuyer sur un seul prix : celui du fournisseur que vous utilisez vraiment. C'est ce que Kosteo appelle l'offre retenue.

6. Automatiser la saisie quand le volume l'exige. Au-delà d'une cinquantaine de références, la saisie à la main devient le goulot. Deux voies : importer un fichier CSV ou Excel (les colonnes sont reconnues automatiquement et vous validez la correspondance avant l'import), ou, avec le forfait Pro, laisser l'IA lire une photo de facture, un PDF, un tableur aux colonnes imprévues ou un texte copié d'un e-mail. Dans les deux cas vous voyez un aperçu et un contrôle avant que quoi que ce soit ne soit importé : la lecture automatique propose, c'est vous qui validez.

Comment relier chaque prix à vos recettes ?

C'est l'étape qui transforme un tableau de prix en outil de pilotage. Sans lien, la mercuriale reste un document comptable : on constate. Avec le lien, chaque hausse se traduit en euros par assiette.

Le mécanisme est le suivant. Chaque recette liste ses ingrédients avec une quantité. Chaque ingrédient pointe vers une ligne de la mercuriale. Le coût de la recette est la somme des quantités multipliées par les prix, après prise en compte de la perte : si vous épluchez, parez ou désossez, vous payez 1 kg mais n'en servez que 800 g, et le coût réel du kilo utile est donc le prix divisé par 0,8.

Dans Kosteo, ce lien est direct : le coût d'une recette se calcule à partir du prix de l'offre retenue de chaque ingrédient. Quand vous relevez un nouveau prix du beurre, le coût de toutes les recettes qui en contiennent suit, avec le food cost et la marge par plat. Vous n'avez rien à ressaisir. Chaque recette est ensuite classée selon quatre niveaux de rentabilité, par rapport à une cible de food cost qui est de 30 % par défaut (jusqu'à 33 %, le plat est à surveiller ; au-delà, il est jugé non rentable ; 5 points ou plus sous la cible, il est très rentable). Cette cible se règle pour chaque recette.

Que change une hausse de 8 % du beurre sur une carte entière ?

Prenons un exemple, avec une précision sur sa nature : la hausse de 8 % est une hypothèse d'école, pas une cotation observée. Le beurre est choisi parce qu'il est partout en cuisine, de la sauce au dessert. Nous supposons un beurre acheté 10,00 € le kilo hors taxes, qui passe à 10,80 €.

Voici une carte de six plats, avec leur prix de vente hors taxes, la quantité de beurre par portion, le coût des autres ingrédients et le nombre de portions vendues dans le mois.

PlatPrix HTBeurreAutres coûtsPortions/mois
Sole meunière26,00 €70 g6,20 €60
Pavé de bœuf, beurre maître d'hôtel24,00 €30 g6,80 €80
Risotto aux champignons17,00 €40 g2,90 €70
Purée maison et jus de viande9,00 €60 g0,85 €50
Tarte fine aux pommes9,00 €45 g1,15 €65
Fondant au chocolat10,00 €55 g1,60 €75

Le calcul, plat par plat, avant et après la hausse :

PlatCoût avantCoût aprèsFood cost avantFood cost aprèsMarge après
Sole meunière6,90 €6,96 €26,5 %26,8 %19,04 €
Pavé de bœuf7,10 €7,12 €29,6 %29,7 %16,88 €
Risotto3,30 €3,33 €19,4 %19,6 %13,67 €
Purée1,45 €1,50 €16,1 %16,6 %7,50 €
Tarte fine1,60 €1,64 €17,8 %18,2 %7,36 €
Fondant2,15 €2,19 €21,5 %21,9 %7,81 €

Lecture honnête : sur cette carte, une hausse de 8 % du beurre se voit à peine. Le plat le plus touché, la purée, gagne 0,5 point de food cost. Aucun plat ne change de niveau. Sur le mois, avec les portions vendues, le coût matière passe de 1 550,75 € à 1 566,31 €, soit 15,56 € de plus pour 6 455 € de chiffre d'affaires hors taxes : le food cost global passe de 24,0 % à 24,3 %.

C'est un résultat utile, parce qu'il évite la fausse alerte. Une hausse isolée sur un produit qui pèse peu dans vos recettes ne justifie pas de toucher à la carte. Sans mercuriale reliée aux recettes, vous ne le sauriez qu'en refaisant tous les calculs à la main, ou vous réagiriez à l'instinct.

Trois choses rendent pourtant la même hausse beaucoup plus coûteuse.

Quand le produit pèse lourd dans la recette. Prenons un croissant vendu 1,40 € hors taxes, avec 30 g de beurre et 0,22 € d'autres ingrédients. Son coût passe de 0,52 € à 0,544 €, et son food cost de 37,1 % à 38,9 %. Pour revenir à 37,1 %, il faudrait le vendre 1,46 €. Là où le beurre est l'ingrédient principal (viennoiserie, pâtisserie, crêpes, pâte brisée, sauces montées), la même hausse coûte bien davantage de points qu'au pavé de bœuf (près de 1,7 point pour le croissant, moins de 0,1 pour le pavé).

Quand les hausses se cumulent. Si, en même temps que le beurre, la crème, la farine et les œufs montent de 8 %, c'est tout le coût matière qui augmente de 8 %. Sur notre carte, le food cost passerait de 24,0 % à 25,9 %. Chaque point de food cost non vu représente, ici, environ 65 € de marge par mois.

Quand la carte est déjà proche de la limite. Notre carte a de la marge. Un plat à 31,5 % de food cost qui prend 1,5 point franchit le seuil des 33 % et bascule en « à surveiller ». C'est là que la mercuriale reliée aux recettes montre son intérêt : elle désigne les plats qui basculent, pas tous les plats.

Que faire quand un prix monte ?

Une hausse reconnue ne se traite pas toujours de la même façon. Dans l'ordre où il vaut la peine d'essayer :

  1. Vérifier que la hausse est réelle : comparer à la facture précédente, puis aux cotations publiques du produit pour savoir si le marché a bougé. Une hausse isolée chez un seul fournisseur se renégocie.
  2. Comparer les fournisseurs en prix rendu, pas en prix affiché. Un autre fournisseur est peut-être moins cher une fois le transport et, en outre-mer, l'octroi de mer comptés.
  3. Regarder les recettes touchées, pas la carte entière. Dans l'exemple, la tarte, la purée et le fondant sont les plus sensibles : une portion de beurre un peu mieux dosée y change plus qu'ailleurs.
  4. Ajuster le prix des seuls plats qui basculent. Relever de 20 ou 30 centimes un plat seulement est discret, alors que modifier tout le tarif ne l'est pas. La logique des coefficients et des prix psychologiques est détaillée dans notre article sur le prix de vente.
  5. Intégrer la tendance à votre prévisionnel. Si le coût matière dérive de 0,3 point par trimestre, vos marges des prochains mois ne sont pas celles de l'an dernier : le prévisionnel doit en tenir compte.

Quelle routine adopter, concrètement ?

Voici le rythme qui tient pour un restaurant de taille ordinaire, sans passer de soirées devant un tableur :

  • À chaque livraison (2 minutes) : photo ou saisie du bon. Comparez-le au précédent avant de ranger la facture.
  • Une fois par semaine (10 minutes) : relire les prix qui ont bougé et les plats concernés.
  • Une fois par trimestre (1 heure) : revoir les fournisseurs retenus, relancer ceux dont le prix a dérivé, mettre à jour les relevés de plus de 90 jours.

Si vous partez de zéro, ne cherchez pas l'exhaustivité. Commencez par les vingt produits qui pèsent le plus dans vos achats : en général, viandes, poissons, produits laitiers, quelques légumes et l'épicerie de base. Ils représentent l'essentiel de votre coût matière, et c'est là que la vigilance paye. Vous ajouterez le reste au fil des livraisons.

Pour voir ce que cela donne avec vos propres prix, essayez Kosteo : la mercuriale, les recettes et le food cost y sont reliés dès le départ.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une mercuriale en restauration ?

C'est la liste de vos achats avec, pour chaque produit, le fournisseur, l'unité, le prix payé et la date du relevé. Le mot désigne à l'origine les prix des denrées sur un marché ; en cuisine, il désigne vos propres prix d'achat.

À quelle fréquence mettre à jour sa mercuriale ?

À chaque livraison pour les prix, avec un point hebdomadaire sur ceux qui ont bougé. Un relevé de plus de trois mois est à considérer comme périmé : Kosteo signale ceux de plus de 90 jours.

Quelle différence entre une mercuriale et un tarif fournisseur ?

Le tarif est l'offre du fournisseur. La mercuriale consigne ce que vous payez réellement, remises, transport et taxes compris, avec la date. C'est elle qui sert à calculer le coût de vos recettes.

Une hausse de 8 % d'un ingrédient fait-elle monter fortement le food cost ?

Cela dépend du poids de l'ingrédient dans la recette. Dans l'exemple de l'article, 8 % sur le beurre fait passer le food cost global de 24,0 % à 24,3 %, mais un croissant passe de 37,1 % à 38,9 %.

Peut-on alimenter la mercuriale depuis une facture ou un tableur ?

Oui. Kosteo importe un fichier CSV ou Excel, et le forfait Pro permet de faire lire par IA une photo de facture, un PDF ou un texte. Un aperçu et un contrôle précèdent toujours l'import.

Sources

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